Volterra Stein-Stein · PFE 12.5
PFE — DU Financial Engineering 2025-2026

Volatilité en pratique :
markovienne, rough
ou path-dépendante ?

Une approche comparative de la modélisation de la volatilité, au sein de la classe des modèles Volterra Stein-Stein — volatilité gaussienne pondérée par un noyau de mémoire, directement simulable, et pricing par Monte-Carlo.

Auteur
Youssef Jabir
Encadrant
E. Abi Jaber
Pricing
Monte-Carlo
Soutenance
18 juin 2026
Sommaireproblème → enquête → résolution

Le fil rouge, en neuf temps

Un arc complet : on part d'un problème concret, on mène l'enquête, et la boucle se referme sur ce même problème.

I Le problème
  • 01Pricer une option exotique
  • 02Black-Scholes & volatilité implicite
  • 03Faits stylisés : le skew du S&P 500
II L'enquête
  • 04Le skew : calibration directe des 4 formes
  • 05Volterra Stein-Stein & Monte-Carlo
  • 06Calibration du modèle : H non identifiable
III La résolution
  • 07Retour à l'exotique : la boucle se referme
  • 08Rough, markovien ou path-dépendant ?
  • 09Conclusion & perspectives
01Le problème

Tout part d'une option exotique à pricer

Le produit · option asiatique
Coter une asiatique sur le S&P 500

Un desk doit coter une option dont le payoff dépend de la moyenne du sous-jacent — pas du seul prix final $S_T$ :

$$\Big(\tfrac{1}{n}\sum_{i=1}^{n} S_{t_i} - K\Big)^{+}$$

Produit sur mesure : contrairement à un call vanille, il n'est pas coté sur un marché liquide. Comment lui attribuer un prix ?

Obstacle Black-Scholes ne suffit pas — aucune cotation à inverser, et aucune formule fermée pour un payoff path-dépendant.
Seule voie Simuler un grand nombre de trajectoires, puis moyenner le payoff actualisé — c'est le Monte-Carlo.
Mais Simuler exige une volatilité : pas une constante (le marché montre un smile), et la vol implicite n'est pas la vol instantanée $\sigma_t$.
La question du mémoire
Il faut la dynamique de $\sigma_t$. Est-elle markovienne, rough, ou path-dépendante ?
02Black-Scholes & volatilité implicite

Le socle, et sa faille

Le cadre · Black-Scholes
Un prix ⇄ une volatilité

Sous $dS_t = r\,S_t\,dt + \sigma\,S_t\,dW_t$, le call a une forme fermée :

$$C_{BS} = S_0\,\Phi(d_1) - K e^{-rT}\,\Phi(d_2)$$
$$d_{1,2}=\frac{\ln(S_0/K)+\big(r\pm\tfrac12\sigma^2\big)T}{\sigma\sqrt{T}}$$

Pour une vanille, on l'inverse en volatilité implicite — $C_{BS}(\sigma_{iv})=C_{\text{marché}}$, solution unique (la véga est $>0$).

BS suppose $\sigma$ constante — démenti par le smile. On s'en sert quand même comme traducteur (prix ⇄ vol implicite), dans cette démarche :

MarchéPrix des vanilles cotées (même sous-jacent)
↓  Black-Scholes : prix → vol implicite
CibleStructure par terme de l'ATM skew
↓  calibration
ModèlesVolterra Stein-Stein · plusieurs noyaux
↓  Monte-Carlo
ObjectifPrix de l'asiatique sous chaque modèle → risque de modèle
03Mesurer la rugosité

La rugosité H se lit sur le skew, pas sur la volatilité

Le caractère rough se résume à un paramètre, $H$. Faites-le varier : à gauche il se noie dans le bruit, à droite il façonne le skew.

indice de rugosité $H$0.20
H → 0 · très rugueuxH = ½ · lisse
✗ Estimation directe · volatilité réalisée

On n'observe que le gris (vol réalisée bruitée) ; la vraie volatilité (rouge) est masquée. Sa régularité fine — donc $H$ — se noie dans le bruit.

✓ Via le marché · skew des options

Le skew est directement coté et relié à $H$ par $\mathcal S(T)\propto T^{\,H-1/2}$ : faire varier $H$ déforme nettement la courbe.

⇒ Le même $H$ est illisible à gauche, net à droite : on calibre sur le skew.

Pourquoi cibler l'ATM skew
Liquide & fiable — options ATM les plus cotées → meilleure donnée.
Signature de la dynamique — skew court terme $\propto T^{\,H-1/2}$ → encode $H$ et le levier $\rho$.
Bonus numérique — véga max à l'ATM ⇒ inversion la plus stable ( raison du choix).
03La donnée de marché

Le skew du S&P 500 — la donnée du chapitre

Structure par terme moyenne de l'ATM skew du SPX, sur des données de marché entre 2012 et 2023. Pour chaque maturité $T$, un seul nombre : le $|\text{skew}|$ ATM moyen (négatif en réalité sur les indices actions, §3.1).

ATM skew = pente du smile à la monnaie, suivie en maturité : $\;T \mapsto \partial_k\sigma_{iv}(T,k)\big|_{k=0}$.

48 maturités ~7 j → 2.5 ans · $T\in[0.019,\,2.49]$ |skew| : max 1.42 (court) → min 0.19 (long) 24 premières (≤ ~2 mois) → fits court terme §3.3
Term structure SPX — court terme vs gamme complète

$H$ apparent : 0.23 → 0.10 selon la fenêtre — l'exposant n'est pas constant (crossover). On calibre des noyaux (§4), on ne lit pas une seule pente.

04Du noyau au skew

Comment chaque noyau engendre sa forme de skew $S(T)$

Noyau $K(u)$Forme du skew $S(T)$Quand $T\to0$
$e^{-\lambda u}$ · exp$\dfrac{c}{T}\!\left(1-\dfrac{1-e^{-\lambda T}}{\lambda T}\right)$$\to \tfrac{c\lambda}{2}$ — borné (markovien)
$\sum_i c_i e^{-\lambda_i u}$ · 2-exp$\sum_i S_{\exp}(T;c_i,\lambda_i)$borné (markovien multi)
$(u+\varepsilon)^{H-\frac12}$ · shifted$\sim c\,T^{\,H-\frac12}\ (T\gg\varepsilon)$fini : $K(0)=\varepsilon^{H-\frac12}<\infty$
$u^{H-\frac12}$ · frac$c\,T^{\,\beta},\ \beta=H-\tfrac12$$\to+\infty$ — explose (rough)
Allure des quatre formes (paramètres illustratifs)
04Calibration directe · sans modèle

Ajuster les 4 formes au skew SPX

Avant tout modèle : on ajuste les formes $S(T)$ directement au skew (curve_fit), sur deux fenêtres — court terme et gamme complète.

Skew SPX — formes calibrées vs marché
04Calibration directe · sans modèle

Les métriques : RMSE par forme

Court terme · 24 pts ($T\le 2$ mois)
FormeRMSEparamètres optimaux
2-exp mark.0.0080c₁ 0.221, λ₁ 11.6 · c₂ 0.0065, λ₂ 154
shifted rough r.0.0094c 0.714, b −0.700
exp mark.0.0168c 0.192, λ 15.8
frac rough0.0282c 0.531, b −0.257 (H 0.24)
Gamme complète · 48 pts ($T\le 2.5$ ans)
FormeRMSEparamètres optimaux
2-exp mark.0.0079c₁ 0.488, λ₁ 2.28 · c₂ 0.0605, λ₂ 35.1
shifted rough r.0.0110c 0.717, b −0.685
frac rough0.0599c 0.407, b −0.341 (H 0.16)
exp mark.0.0656c 0.296, λ 9.27
c amplitude · λ vitesse de retour à la moyenne (mémoire ∝ 1/λ) · b = H−½ exposant du noyau (rough si b<0)
Lecture Court terme : même l'exp markovien (1 facteur) tient (0.017) — pas besoin de rugosité. Gamme complète : les formes riches 2-exp (markovien) et shifted gagnent (~7× mieux que frac/exp). ⇒ Le skew, seul, ne tranche pas rough vs markovien.
05La classe Volterra Stein-Stein

Une classe, tous les régimes

Définition · vol gaussienne à mémoire
Un Ornstein-Uhlenbeck pondéré par un noyau

La volatilité est gaussienne, à retour à la moyenne, pondérée par un noyau de mémoire $K$ :

$$\sigma_t = g_0(t) + \nu\!\int_0^t K(t-s)\,dW_s$$

Stein-Stein = vol gaussienne (OU) ; Volterra = le noyau de convolution (mémoire, non-markovien). Les 4 formes calibrées plus haut sont le skew engendré par ces noyaux.

Le choix de $K$ balaie un spectre continu :

$e^{-\lambda t}$
Exponentiel
markovien · 1 fac.
$\sum_i c_i e^{-\lambda_i t}$
Somme d'exp.
markovien · multi
$(t+\varepsilon)^{H-\frac12}$
Shifted
rough régularisé
$t^{H-\frac12}$
Fractionnaire
rough
← markovienrough →
Théorème de Bernstein Tout noyau admissible est un mélange positif d'exponentielles ⇒ le rough est une superposition d'OU. Rough et markovien multi-facteurs se ressemblent — ce qui explique le résultat précédent.
05Du modèle au skew

De σ au skew : la chaîne complète

Le skew qu'on calibre est une conséquence de la dynamique de σ. Voici le pipeline — et où agit chaque ingrédient.

$$\underbrace{\sigma_t = g_0(t) + \nu\!\int_0^t\! K(t{-}s)\,dW_s}_{\text{Euler 3 : variance exacte}} \;\stackrel{\rho}{\longrightarrow}\; \underbrace{\frac{dS}{S}=\sigma_t\,dW^S}_{\text{Euler point-gauche}} \;\stackrel{\text{prix MC}\,\to\,\text{BS}^{-1}}{\longrightarrow}\; \underbrace{\text{smile}\;\to\;\text{ATM skew}}_{\text{calibration}}$$
ρ — corrélation prix/vol (sur la flèche σ→S)

Couple le bruit de vol au prix ⇒ crée le skew (effet de levier) : $dW^S=\rho\,dW+\sqrt{1-\rho^2}\,dW^\perp$. Le paramètre clé qu'on calibre.

Euler 3 — simulation de σ
$$\sigma = g_0 + W\,Z,\quad W_{ij}=\sqrt{\int_{t_{j-1}}^{t_j}\!\! K(t_i{-}s)^2\,ds}$$

Variance marginale exacte (forme close $\int K^2$, tous noyaux) — le rough sans approximation.

Euler point-gauche — log-prix $X=\ln S$
$$X_{i+1}=X_i-\tfrac12\sigma_{t_i}^2\Delta t+\sigma_{t_i}\big(\rho\,\Delta W_i+\sqrt{1-\rho^2}\,\Delta Z_i\big),\quad S=S_0e^{X}$$
06Calibration du modèle

Le markovien à 2 facteurs gagne

On calibre maintenant le vrai modèle Volterra Stein-Stein : skew simulé par le moteur Monte-Carlo ci-dessus, $\rho$ libre, classement par BIC.

NoyauNatureRMSE$H$BICparamètres calibrés
2-exp gagnemark. 2 fac.0.0091−60.2κ₁ 39.5, ν₁ 0.384 · κ₂ 1.03, ν₂ 0.314 · ρ −0.98
Shiftedrough rég.0.01880.07−49.0ν 0.186 · ρ −0.999
Fractionnairerough0.02020.36−47.5ν 0.36 · ρ −0.861
Exp (1 fac.)mark. 1 fac.0.0478−28.5κ 0.343 · ν 0.696 · ρ −0.815
κ retour à la moyenne · ν vol-de-vol · ρ corrélation spot-vol · H Hurst  |  Réglages MC : Euler 3, 24 000 chemins (12 000 paires antithétiques), 40 à 250 pas de temps selon la maturité (∝√T), nombres aléatoires communs entre strikes, σ₀=20 %.
Deux verdicts ① Le 2-exp markovien ajuste le mieux — même au BIC (5 paramètres) : ses deux échelles ($\kappa_1\approx40$, $\kappa_2\approx1$) font le crossover. ② Les deux rough donnent $H=0.36$ vs $0.07$ pour un fit comparable : $H$ reste non identifiable — le vrai modèle confirme le §4.
07Retour à l'exotique

La boucle se referme

Recalibrés conjointement (même vol ATM ≈ 20 % et skew SPX), les modèles sont indiscernables sur les vanilles. Toute divergence sur l'exotique est un pur risque de modèle.

Payoff ($T=1$, ATM)Dispersion*
Européenne (vanille)0.2 %
Asiatique (moyenne)0.3 %
Forward-start $T/2$0.5 %
Barrière Up&Out 1302.2 %
Le coût d'une erreur de dynamique Écart payoff-dépendant : quasi nul sur l'asiatique (le payoff moyenne la trajectoire), matériel sur la barrière — c'est là que le frac rough décroche.

* (max−min)/moyenne entre les 3 modèles adéquats (2exp / frac / shifted). Le 1-facteur exp, incapable du crossover, reste inadéquat même recalibré.

08Discussion

Peut-on vraiment distinguer les régimes ?

Les vanilles ne tranchent pas

Markovien (2exp), rough (frac) et rough régularisé (shifted) reproduisent tous le skew. $H$ n'est pas fixé. Seul le 1-facteur échoue — pour une raison structurelle (pas de crossover).

Les exotiques, un peu

À calibration jointe identique, les modèles divergent sur les payoffs path-dépendants — l'écart, payoff-dépendant, est la seule trace observable de la dynamique.

Risques & recommandations Choisir rough alors qu'un markovien ajuste aussi bien coûte (exotiques mésestimés ; simulation et couverture non-markoviennes plus lourdes). Recommandation : un markovien 2-facteurs par défaut ; quantifier le risque de modèle en priçant sous plusieurs dynamiques ; ne pas sur-interpréter un $H$ unique.
09Conclusion

Ce que montre ce travail

  • Un moteur unique — Monte-Carlo / schéma d'Euler 3, variance exacte — pour toute la classe Volterra Stein-Stein, validé (limite BS + martingale).
  • Le markovien à 2 facteurs ajuste le mieux le skew SPX (meilleur BIC), devant les noyaux rough.
  • La rugosité $H$ n'est pas identifiée : deux noyaux rough ajustent aussi bien avec des $H$ ~5× différents.
  • Sous calibration jointe, vanilles indiscernables, exotiques divergents — risque de modèle payoff-dépendant.

Rough ou markovien ? La question est mal posée.

Le débat se réduit au choix du noyau — un objet calibrable, pas une vérité dogmatique. Ce qui compte : la volatilité gaussienne, directement simulable, qui rend le Monte-Carlo praticable quel que soit le régime.

Perspectives Extension multi-actifs (commodities, forex, crypto) ; calibration jointe SPX-VIX ; volatilité path-dépendante (Guyon) comme 3ᵉ candidat.
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